28/03/2006: Le contrat de confiance

C’était la fin d’une époque. Celle des manifestations efficaces. Un dernier sursaut du XXe siècle débordant dans la première décennie du XXIe. Alors que la loi venait d’être adoptée au parlement et validée par le conseil constitutionnel, le Premier ministre Dominique de Villepin recula et déclara que les conditions n’étaient pas réunies pour que la loi s’applique. De quelle s’agit-il ? Celle pour l’égalité des chances. Elle apportait des outils nouveaux dans le bestiaire des contrats d’embauche, des acronymes que nous n’avons pas oublié : le CPE et le CNE. En 2006, le Contrat Nouvelle Embauche avait déjà un an d’existence. C’était une petite révolution : un gouvernement parvenait enfin à innover dans ce domaine épineux. Son petit frère, le Contrat Première Embauche, signera la fin de cette courte phase où les entreprises de moins de vingt salariés bénéficiaient d’une période d’essai de deux ans pour les employés en CNE. Comparé au classique préavis de trois mois renouvelable, la mesure introduisait un changement fort. C’est sans doute cela qui mena salariés et étudiants dans la rue pendant plusieurs semaines, jugeant le CPE, élargissement du CNE à l’ensemble des entreprises, comme un emploi précaire.

Manifestation contre le CPE (28/03/2006)

La méthode était assez maladroite, l’idée plutôt brouillonne. L’Organisation Internationale du Travail jugea ce type de contrat contraire au droit international. Le CNE fut abrogé en 2008, avec transformation de l’ensemble des contrats de l’époque en Contrat à Durée Indéterminée classique. Pendant ce temps, j’ai vu des confrères ingénieurs obtenir leur première embauche grâce à ce genre de contrat et tous ont été gardés par leurs employeurs en CDI. Certes, on ne saura jamais s’ils auraient été embauché sans le CNE. En revanche, on est en droit de se demander comment cela se serait passé pour les jeunes embauchés si le CNE avait perduré après septembre 2008, autrement dit pendant la crise. On a vu de grandes entreprises françaises remercier les embauchés dans leurs trois mois de période d’essai. Les autres employés ont été gardés et les entreprises ont aujourd’hui survécu à la crise. En fin de compte, c’était possible de s’en passer.

Non au CPE (07/03/2006)

Il faut tout de même reconnaître une belle idée, la tentative d’amélioration du système de contrats d’embauche. C’est un sujet malheureusement enterré depuis, mais qui reviendra tôt ou tard. Le système CDD/CDI reste assez brut, quasiment binaire. La situation d’un employé est soit précaire soit éternelle. Entre les deux, rien. Le CDI n’en reste pas moins un des rares engagements d’une entreprise envers le salarié. Je ne suis pas  technicien en la matière mais je suis client de futures solutions pouvant améliorer le concept. La définition de ce qu’on appelle amélioration est ici tellement vague que cela promet de furieux débats.

Le plus important dans cette histoire n’est pas forcément sur le fond mais dans la forme. C’est la dernière fois qu’un soulèvement populaire a infléchi la politique du gouvernement. Depuis, la France a inventé la grève qui ne gêne personne et la manifestation qui ne s’entend pas. Et c’est vraiment la conséquence directe de cette période CPE. L’exécutif a su poser des jalons de prévention des mouvements populaires. C’est comme cela que la réforme des retraites est passée en faisant fi de l’opinion publique. Maintenant, une manifestation a au moins l’avantage de dégourdir les jambes. Les participants jouent à la révolution, vers laquelle ils tendent mais qu’ils n’atteignent jamais. Tout cela pourrait paraître assez décourageant, mais cela n’empêche pas les manifestants de manifester pendant que le gouvernement gouverne. Mon avis ? Ce statu quo ne peut pas durer à long terme. Il y aura forcément un moment où le pouvoir et la rue se rencontreront à nouveau. Mais comment ? Je suis mal placé pour le deviner, mais j’ai hâte de voir ça.

Un vœu pieux, photo Bertrand Orsal (Paris, 07/09/2010)

Post-Scriptum : L’avantage d’une entreprise personnelle, c’est l’absence de contrat. Un « auto-entrepreneur » peut décider lui-même de s’auto-licencier. Ainsi, j’ai décidé d’arrêter le blog « B. Orsal, Inno. » pour une période indéterminée. C’est une activité passionnante, pour moi bien sûr mais aussi –et cela a toujours le dont de positivement m’étonner–  pour mes rares lecteurs. En vocabulaire entrepreneurial, la rentabilité du projet est compromise au regard des coûts engendrés. Je suis à l’aube d’une série de voyages et de projets prenants. Je n’aurai plus le temps d’écrire pour m’entraîner, ce que je faisais ici. Je vais maintenant écrire pour d’autres desseins, « pour de vrai » pourrait-on dire dans les cours d’école ou entre candidats à l’élection présidentielle. Une page se tourne et au final, le blog est arrivé à son but plus tôt que je ne le pensais. C’était un outil de mesure de tout ce qui peut se passer en un an. Au final, il s’en passe tellement en quelques mois que je n’ai plus le temps de m’y consacrer. J’ai fait le tour de la question. Un an ce n’est pas rien. Ne perdez pas vos années futures. Réfléchissez bien et répondez prudemment à cette question : où vous voyez-vous dans un an ? Pour l’instant, je ne peux y répondre, et je trouve ça follement passionnant. À l’aventure, compagnons !

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2 réflexions au sujet de « 28/03/2006: Le contrat de confiance »

  1. Sniffffff… Suis je la seule à avoir les larmes aux yeux? Je dois être encore fatiguée…
    Tes textes et tes « à demain » me manqueront mais si c’est pour aller vers du « pour de vrai », pas de souci. Redonne nous un jour le lien!

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