14/03/2011: La Madone des ruines

Au fil des photos, c’est devenu presque une évidence. Chaque évènement d’importance plus ou moins planétaire possède au moins une photo choc internationalement connue. Comme il s’agit souvent de drames, on pourrait parler de beauté du diable. Or le diable est dans les détails. Ainsi, ce genre de photo trouve sa beauté dans les détails. Pardonnez moi ce sophisme, mais il n’en est pas moins vrai que ce n’est jamais la vue d’ensemble qui reste gravée dans les mémoires. Même pour le 11 septembre, l’image de ce plan serré sur un homme défenestré marque encore plus que la visions des tours enflammées.

Chute libre, photo Richard Drew (New York, 11/09/2001, AP)

Fukushima n’échappe pas à la règle. On a tous vu les images du séisme dans les bureaux japonais, de la vague monstrueuse sur les côtes japonaises, de l’explosion du toit de la centrale japonaise, mais ce qui restera à jamais gravé dans l’inconscient collectif est Yuko, cette japonaise errant dans les décombres à la recherche de son fils.

Yuko Sugimoto, sinistrée à Ishinomaki, photo Tadashi Okubo (14/03/2011, AFP/Yomiuri Shimbun)

Trois cents dollars, c’est le prix dérisoire qu’a payé l’AFP pour cette photo. Et hop, Yuko est instantanément apparue en Unes du même jour dans presque toute la presse internationale. On en revient alors à la question fondamentale suivante : pourquoi ?
N’y avait-il pas d’autres photos du drame ? Tout de même, nous sommes au temps de la photocratie. Maintenant il y a des photographes partout. Les photos ne doivent pas manquer, même après un séisme de magnitude 9. Certes, celle-ci est très réussie. Elle ferait presque office de peinture allégorique, Yuko prêtant sa silhouette à l’image féminine de la douleur face à la mort. Cette emblématisation de la rescapée n’a que des avantages pour les rédactions internationales. Le coût de la photo est minimal, il n’y a qu’à se pencher pour la ramasser dans le déversoir de l’AFP, et c’est plus vendeur qu’une simple photo informative. Au final, on en revient toujours au même thème, l’argent. Le photojournalisme attend encore le renouveau de son modèle économique, sans vraiment y croire.

Sur Fukushima, je vous recommande le diaporama de Paris Match ainsi que la pléiade de documentaires actuellement diffusés sur les télévisions francophones. La page d’Arte sur le sujet est fort bien documentée. Yuko Sugimoto et son fils se portent bien comme le montrent ces photos. À demain.

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