15/12/1840: Les beaux restes de l’empereur

Tout le monde est au courant dans les rues de Paris ce jour là. La routine quotidienne de la vie s’arrête pour accueillir un mort atypique. Voilà presque vingt ans qu’il a disparu mais son succès n’est pas en berne, au contraire. La fête est présente partout et la capitale s’est parée des trois couleurs. Des couleurs, justement, il n’y en a aucune dans l’image du jour, qui est un dessin. Et pourtant on s’imagine parfaitement les bannières tricolores. En quelques coups de crayon, l’auteur a posé le cadre, puis il a retravaillé le centre de l’image. On croit presque voir une photo de reportage. Il y a une vraie profondeur de champ : l’arrière plan est flou, voire effacé ; seul l’arc de triomphe est réellement net ; la foule n’a pas de contour précis, comme pour une prise de vue avec un temps de pose un peu trop long. Et sous l’arc de triomphe, passent les cendres de Napoléon :

Retour des cendres de Napoléon, le 15 décembre 1840

Je ne suis pas historien. Je m’intéresse surtout à l’image. L’auteur de ce dessin m’est inconnu. Si vous le connaissez, je me ferai un plaisir de l’ajouter à ce billet.

Ce jour là, dans l’assistance, un certain Victor Hugo va se livrer à un véritable exercice de récit. Dans Choses vues, Funérailles de l’empereur, Notes prises sur place, il donne une leçon de reportage à tout apprenti journaliste curieux. On y relève également une fascination morbide que l’écrivain accorde au tyran. Il faut voir en cela la reconnaissance mutuelle d’un génie pour un autre. Pour comprendre l’attitude de Hugo, rappelons nous qu’à l’époque, la guerre pouvait encore paraître comme un élément de construction de la nation européenne, à tort. On était encore loin de Robert Schuman et des pères fondateurs de l’Europe, même si la guerre commençait à montrer ses limites.

« On sent que Paris tout entier s’est versé d’un seul côté de la ville comme un liquide dans un vase qui penche. » Victor Hugo

Un siècle plus tard, un autre despote va prolonger cet évènement. Le 15 décembre 1940, Hitler fait rapatrier les cendres de Napoléon II en France. Jusque là, il reposait dans la crypte des Capucins de Vienne. Avec cette cérémonie, l’exécutif nazi pensait monnayer la collaboration française et ramener le gouvernement de Vichy à Paris, en vain. Cette référence d’un dictateur à un autre n’en est pas moins révélatrice des ressemblances qu’il peut y avoir entre les deux périodes, le premier empire et le troisième reich. Mais alors, pourquoi y a-t-il autant de noms de victoires napoléoniennes dans Paris ? Je me le demande encore. A demain.

"La Légion Étrangère" photo Bertrand Orsal (Paris, 14/07/2011)

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