01/02/1968: La photo qui tue

« L’appareil photo faisait partie de lui. Il avait les meilleurs réflexes de tous ceux que j’ai connus, cet instinct qui fait un grand photographe de guerre. » Ainsi parlait le journaliste Bob Schieffer à propos du photographe Eddie Adams. C’est vrai, il avait du talent Eddie, mais comme Chris Niedenthal, il n’est maintenant connu que pour une photo, celle-ci :

Le général Sud-Vietnamien Nguyễn Ngọc Loan, chef de la police nationale, abat d'un coup de feu en pleine tête le présumé officier Viet Cong Nguyễn Văn Lém, photo Eddie Adams (Saïgon, 01/02/1968, AP)

Eddie Adams regretta toujours d’avoir gagné le prix Pulitzer pour cette photo, alors qu’il aurait souhaiter que d’autres de ses travaux soient plus mis en avant. En outre, il se reprocha d’avoir ruiné la réputation du général Loan, un homme avant tout au service de sa communauté. Pour comprendre le geste du général, il faut impérativement replacer la photo dans son contexte. Pour les festivités du nouvel an chinois, Nord et Sud-Vietnam avaient décidé une trêve. Le Nord rompit l’engagement et en profita pour lancer une attaque surprise de grande envergure sur le Sud. Dans Saïgon attaquée, plusieurs policiers ont été tués avec leurs familles. Nguyễn Văn Lém est alors reconnu par plusieurs personnes comme un des meurtriers ou du moins leur complice. Il est amené devant les journalistes et abattu immédiatement.

Eddie Adams au Vietnam (1965, AP)

Eddie Adams dira plus tard : « Le général tua le Viet Cong ; j’ai tué le général avec mon appareil photo. Les photographies sont l’arme la plus puissante du monde. Les gens les croient ; mais les photographies peuvent mentir, même sans manipulation. Elles ne sont que des demi-vérités. [...] Ce que la photo ne dit pas c’est : « Que feriez-vous si vous étiez en lieu et place du général, ce jour là, après avoir attrapé le coupable présumé, après qu’il a tué un, deux ou trois américains ? » » Ainsi, quelque soit le bouton ou la gâchette enclenchés, les conséquences peuvent aller au delà de toute imagination. Lors de cette infime seconde immortalisée, trois vies basculèrent, celle de l’exécuté qui s’arrêta, celle du photographe qui devint mondialement célèbre, et celle du général qui perdit tout crédit au yeux de l’opinion publique.

Pour aller plus loin, je vous conseille les deux photos prises juste avant et après par Adams. Les trois photos en disent un peu plus sur cette histoire, peut-être mieux qu’une vidéo. Sur cette même page, vous trouverez également trois photos autour du célèbre cliché par Nick Ut de la petite Kim Phuc napalmée. Un résumé des principaux travaux photographiques d’Eddie Adams est visible ici. À demain.

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